La moitié du service se joue avant le premier point : la taille
On classe les serveurs par leur taux d’aces. Mesuré sur quatre saisons, ce classement récite surtout un ordre de tailles : à elle seule, la taille explique près de la moitié des écarts entre joueurs.
Le chiffre
Sur 204 joueurs documentés, la taille explique 46 % des écarts de taux d’aces. Chaque tranche de dix centimètres vaut environ 3,7 points de taux d’aces.
C’est davantage que la surface, davantage que l’adversaire, davantage que tout ce que nous ajustons par ailleurs. Un facteur décidé des années avant le premier point.
Ce que ça fait au classement des serveurs
Un classement par taux d’aces brut place mécaniquement les joueurs de deux mètres devant. Ce n’est pas faux, c’est simplement une autre information que celle qu’on croit lire : il ne dit pas qui sert le mieux, il dit qui est le plus grand parmi ceux qui servent bien.
La question intéressante est l’écart à ce que la taille laisse attendre. Milos Raonic, 196 cm, sert 23,4 % là où sa taille en laissait attendre 11,1 % : c’est 12,3 points au-dessus.
Plus parlant encore : Yosuke Watanuki mesure 180 cm et sert 12,3 %, pour 5,2 % attendus. Il n’apparaîtra jamais en tête d’un classement brut, et c’est pourtant là qu’il y a quelque chose à voir.
Symétriquement, Jenson Brooksby mesure 193 cm et sert 3,9 %, soit 6,0 points sous l’attendu. Ce n’est pas un mauvais joueur, c’est un joueur dont le jeu ne passe pas par l’ace.
Une idée reçue qui n’y survit pas
On dit volontiers que les gauchers ont un service avantageux, grâce à l’angle extérieur qu’ils ouvrent côté avantage. Les chiffres bruts disent l’inverse : sur nos données, les gauchers servent 7,0 % d’aces contre 8,0 % pour les droitiers.
Sauf que cet écart n’est pas dû à la main. Les gauchers de notre échantillon mesurent en moyenne deux centimètres de moins. Une fois la taille prise en compte, l’écart disparaît complètement : les deux groupes dépassent leur taux attendu dans les mêmes proportions.
C’est exactement ce que fait ce site, et le résumé de sa raison d’être : une différence brute entre deux groupes ne dit rien tant qu’on n’a pas cherché ce qui les sépare par ailleurs.
Les limites, comme toujours
La droite utilisée est une droite : elle suppose qu’un centimètre vaut autant à 1,75 m qu’à 2,05 m, ce qui n’est probablement pas vrai aux extrêmes. Elle est ajustée par joueur et non par match, faute de quoi les habitués du circuit pèseraient dix fois plus que les autres.
Et surtout : ce classement mesure la production d’aces, pas la qualité d’un service. Un service très efficace peut produire peu d’aces et beaucoup de points faciles derrière, ce qui ne se compte nulle part ici.
Le classement complet, dans les deux sens.